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BOLIVIE-La Paz, aux couleurs du Gran Poder

La Paz, ville toute en démesure, perchée entre 3200 et 4000m d’altitude, 3 millions d’habitants, vous coupe le souffle à peine un pied posé en son sol. Capitale la plus haute du monde, elle est bâtie au creux d’un immense canyon aride et encaissé, entouré de pics enneigés à plus de 6000m, au-dessus desquels trône le majestueux mont Illimani. Impossible de rester insensible à la vue de cette agglomération surréaliste, accrochée aux nuages. La Paz signifie « La Paix »… mais ici, tout marche à l’envers, comme sur une autre planète. C’est la seule ville au monde où il faut monter pour descendre dans les bas quartiers, en d’autres termes, où les riches résident tout en bas, à 3200m où le climat est moins rigoureux que sur les hauteurs. La belle ville coloniale du  début du XXème siècle a laissé la place à un chaos urbain, bariolé, bruyant, mouvementé.

Samedi 2 juin, 8h, les premières notes de musique se font entendre depuis les hauteurs de la ville. Les fanfares approchent, suivies des pétards et des cris des passants. Rues bloquées, stores des magasins baissés, marchés fermés… bref, le petit monde tourmenté de La Paz semble s’être arrêté de tourner le temps d’une journée. La ville vibre aujourd’hui pour la « Fiesta floklorica des Senor Jesus del Gran Poder », bref La Paz s'habille aux couleurs du Gran Poder (pour les intimes).

C’est une des manifestations culturelles les plus importantes de Bolivie qui exprime en particulier l’identité culturelle des « pacenos » (les habitants de La Paz). Pendant une journée, des dizaines de milliers de spectateurs, danseurs, musiciens investissent l’espace public.

Ici s’expriment l’incroyable richesse et la diversité des danses boliviennes. Diablada, Morenada, Kullaguada, Tobas… sont autant de styles de danses différents qui entrent en scène le jour du Gran Poder.

Toutes ont une histoire métissée, une signification contrastée mêlée de religion catholique, de croyances populaires, d’identité indigène et d’expression politique. Les costumes sont flamboyants, les accessoires parfois loufoques, signes religieux aux côtés de masques de monstres tout droit sortis des légendes populaires.

Parmi les 61 fraternités qui défilent, soit plus de 40 000 personnes, il y a celle de Mauricio, danseur de Morenada. Le temps d’une pause, il nous explique l’œil pétillant la signification de cette danse et de ses costumes. La Morenada est une des danses andines les plus célèbres.

Elle tire son origine de la civilisation Aymara et exprime la souffrance et l’exploitation des esclaves noirs utilisés dans les mines de Potosi ou Oruro. Il s’agit d’une satyre des danses royales de l’époque qui, en plus, cherche à montrer l’esclavage des noirs sous la domination espagnole. Les femmes habillées de leurs « polleras » (jupes traditionnelles) évoquent les fidèles servantes des propriétaires miniers.  Chez les hommes, appelés « morenos », les masques et les costumes représentent le contremaître qui surveillait les esclaves au sein d’un système d’exploitation inhumain. La matraque (il s’agit d’une crécelle surmontée d’un motif ou d’un objet) et le son qu’elle produit symbolisent les chaînes, le fouet, les cris et la révolte des mineurs.

Le plus émouvant demeure ce sentiment de fraternité, de fierté, de patriotisme qui se dégage du festival et de son atmosphère. C’est toute l’identité bolivienne qui s’exprime dans sa diversité et sa richesse. Toutes les générations sont là, danseurs ou spectateurs, ensembles, réunis pour partager une part de leur histoire, de leurs traditions, de leurs croyances, le tout, sous des allures de fête.